ETI (Expérimenter une transformation institutionnelle)

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L’institution a le choix entre la transformation et la disparition

ETI (Expérimenter une Transformation Institutionnelle) est un projet qui se propose d’expérimenter des transformations institutionnelles à travers l’art.

Objectifs

ETI offre la possibilité à trois institutions européennes de se transformer pendant une courte période et de préfigurer ce que peut être une institution d’art au XXIe siècle. ETI est la première phase d’un projet plus vaste qui dans un deuxième temps vise à formuler une agence européenne de consultation capable de soutenir des institutions souhaitant s’engager dans une transition vers le XXIe siècle. Le projet propose d’expérimenter les capacités de l’institution à se transformer par l’intégration d’une diversité artistique qui lui est étrangère, du fait que ces pratiques interagissent avec des secteurs extérieurs à la filière traditionnelle de l’art. Il implémente des pratiques artistiques dans des institutions et analyse leur impact en terme de publics, d’économie, de structuration et au niveau scientifique.

Le contexte européen

On constate au niveau européen des replis nationaux et une perte de confiance dans les institutions tant nationales qu’européennes. Cette situation est le syndrome d’une fracture entre les institutions et les réalités sociales européennes, ce qui les empêchent d’intégrer la diversité grandissante et la complexité de la société contemporaine.

Une des causes de cette fracture provient de la difficulté pour les institutions à se reformuler à partir des modèles existants qui, bien qu’ayant fait leurs preuves, ne sont plus adaptés aujourd’hui.

D’autre part, prises dans une logique qui les poussent à rentabiliser leurs missions, elles se retrouvent face à la nécessité de déléguer certaines de leurs activités à des acteurs qui ne garantissent pas toujours le libre et égal accès à leurs services.

Une partie de la société se trouve alors exclue des systèmes de représentation institutionnelle et s’organise autour de valeurs qui, bien qu’efficaces à créer des communautés, se retrouvent totalement séparées les unes des autres, devenant ainsi incapables de composer un tissu social commun.

Dans le secteur de l’art ce constat se manifeste à plusieurs niveaux dans la relation qu’entretiennent les institutions d’art contemporain avec les artistes et leurs audiences :

Un sentiment de perte de considération
Une rupture d’inscription de l’institution de l’art dans la réalité
Un homogénéisation esthétique
Une discrimination sociale par l’art
Une marchandisation du secteur de l’art
Un déséquilibre entre les apports de la sphère privée et publique
Une mise en concurrence des institutions d’art
Un isolement territorial de l’institution
Aujourd’hui l’institution n’est pas utilisée à hauteur de son potentiel à faire société. Il apparaît que son pouvoir d’acter collectivement les transformations artistiques soit contenu à des injonctions qui la dépasse ou qu’elle ne maîtrise plus.

Dans ce contexte d’autres acteurs, des fondations ou des collectionneurs privés par exemple, deviennent capables de légitimer des pratiques artistiques autant que l’institution, voir plus.

L’institution de l’art apparaît alors comme une entité de plus parmi d’autres, qui sur le même plan sont plus opérationnelles qu’elle. Il est donc nécessaire pour l’institution de trouver de nouveaux moyens d’échanger avec ces acteurs /secteurs par une réarticulation de son inscription dans la réalité non plus selon des modèles établis mais sur des modalités inconnues à ce jour et qui restent à être expérimentés au-delà d’une quelconque fatalité.

Enjeux

ETI amène d’autre part une meilleure connaissance du fonctionnement institutionnel pour les artistes qui s’inscrit dans une logique de professionnalisation. En ayant accès à des décisions institutionnelle au-delà de sa propre pratique artistique, l’objectif est d’élargir son champs de compétences. L’implication de l’artiste sur de nouvelles interactions avec l’institution devrait lui redonner un rôle de capacité critique et donc de transformation de cette dernière.

La nature du projet favorise également une prise de conscience pour les artistes de l’importance de l’audience et de sa possible considération comme matériel de travail.

Les activités du projet favorisant une approche pédagogique, elles devraient permettre par la même de renforcer leurs capacités communicationnelles à tous les niveaux de leurs création, production ou organisation.

Le projet envisage également d’augmenter le rôle social de l’artiste en le sortant de son confinement voir de son isolement et ce par la mise en relation internationalisée et la rencontre avec des acteurs hors secteur de l’art. Cette mise en relation devrait favoriser la coopération entre les artistes et les opérateurs culturels afin de les engager dans une complexité européenne dont ils n’ont pas toujours pleinement conscience.

ETI permettra également de sensibiliser les artistes aux dispositifs de coopération et de collaboration européenne et à l’idée même de l’Europe.

Les enjeux pour les opérateurs culturels

Pour les opérateurs culturels, l’intérêt d’ETI réside dans la collaboration avec d’autres opérateurs culturels venus de pays différents et dont la logique de travail peut être complémentaire.

La collaboration avec les artistes leur permettra de mettre au service de tout un chacun leur capacité créative et de développer d’autres compétences qu’ils pourront notamment destiner à inventer de nouveaux leviers d’innovations dans leurs activités.

La collaboration avec des secteurs d’activité hors-art améliorera les échanges possibles avec ces secteurs d’activités. Cette collaborations pourra également s’inscrire dans une meilleure analyse des contextes socio-économiques afin par exemple de faciliter leurs intégrations à l’action culturelle.

Cette maîtrise ainsi que les méthodes de travail du projet encouragent les opérateurs culturels à être une force de proposition dans la transformation de l’art. Cet enjeu devient déterminant dans un contexte où la réduction des moyens financiers se généralise dans le secteur culturel. Il devient aussi important pour égaliser les pouvoirs d’actions entre les petites et les grandes structures et entre les privées et les publics.

Les enjeux de l’institution

L’enjeu crucial de l’institution réside dans sa capacité à se transformer pour être en phase avec le monde, en permanent changement. Les pratiques artistiques évoluent constamment elles aussi et les institutions se doivent de se mettre à jour si elle ne veulent pas être déconnectés des réalités desquelles elles tirent leur légitimité. Si les artistes sont considérés comme des citoyens expérimentaux ils sont alors capables d’accompagner ces mises à jour.

ETI propose de mettre la diversité des citoyens, des acteurs du monde de l’art et des artistes au centre de l’institution pour qu’elle puisse faire société autrement. Il permet ainsi aux artistes et experts impliqués de formuler des interactions nouvelles avec le mode d’organisation et de programmation de l’institution. Par ce biais, le projet envisage de passer d’une logique de démocratisation (diffusion d’un même objet culturel à un même ensemble de spectateurs) à une logique de démocratie culturelle (des objets d’expérimentations auxquelles chacun apporte son expertise).

En prenant en compte la proximité qu’entretiennent les différents acteurs avec d’autres pratiques et modes d’interactions, ETI se propose de réévaluer la perte de considération des publics et de réduire la rupture institutionnelle de l’art avec la société.

L’audience impliquée comme un acteur à part entière réaffirme l’art et son institution comme des moyens effectifs et des lieux pour penser la société d’une manière croisée, par le haut mais aussi par le bas.

Ce que le projet expérimente

L’artiste opérant à travers une pratique expérientielle véhicule avec lui un écosystème dans lequel se développe sa pratique : des partenaires, des collaborateurs ou des infrastructures qui sont ses moyens de production de diffusion et de réception. Cet écosystème est régi par d’autres modalités d’interactions que celles qui prévalent dans l’institution de l’art, d’une part parce que ces interactions existent en dehors de l’institution de l’art et d’autre part parce que la nature de sa pratique remettent largement en cause le statut du public-spectateur. En effet la nature de ces pratiques n’implique plus la mise en vue d’un objet unique mais des activités qui peuvent être abordées de multiple manières.

En intégrant à l’institution ces pratiques et l’ensemble de ses acteurs ETI se propose d’expérimenter une forme d’expertise citoyenne où l’artiste se place alors comme un médiateur entre son écosystème et l’institution. L’implémentation de ces pratiques change donc considérablement l’architecture d’une institution d’art si elle est appliquée à l’ensemble de sa structure. A l’échelle du projet elle permet une confrontation dans un même contexte de deux modèles coexistants, celui de l’institution traditionnelle et celui apporté par l’artiste qui en fait la médiation.

L’expérimentation ne se base donc pas sur une stratégie de remplacement d’un modèle vis-à-vis d’un autre, elle propose de constituer un nouveau prototype d’institution à partir de la pratique et de l’écosystème de l’artiste.

Les différents rapports et modes opératoires émergents constituent autant de pistes de reformulations de l’institution. La reformulation institutionnelle devient alors une piste pour une institution nouvelle ayant la capacité d’accueillir de nouvelles pratiques et au travers d’elles de nouveaux publics.

L’intégration d’une diversité étrangère à l’institution passe également par l’expérimentation de sa collaboration avec des secteurs d’activité hors secteur de l’art. Ces collaborations sont conditionnées par le même écosystème véhiculé par l’artiste et sa pratique. Il s’agira par là d’étudier les différents modes d’organisations propres à ces secteurs d’activités et à partir desquelles l’institution pourrait se développer.

Le projet se propose également d’expérimenter la combinaison de différents modes d’organisations ou de modèles économiques entre celui de l’institution traditionnelle et celui des partenaires de l’artiste, extérieurs au secteur de l’art.

En somme le projet se propose d’expérimenter une nouvelle forme d’institution à travers une expertise qui passe par une médiation de l’artiste vers des secteurs hors art. Cette expérimentation permettra de combiner aux modèles traditionnels des modes opératoires, économiques, de visibilité et d’accessibilité permettant de dégager autant de pistes de développement des publics.

L’impact attendu

Un impact sur le public présent et futur.

La stratégie du projet vise à court terme une diversification des publics de l’art par le croisement de modèles institutionnels différents. A moyen terme le projet envisage une audience plus intéressée à fréquenter l’institution par la multiplication de ces points d’entrées. Cette multiplication passe par une prise de conscience pour l’audience d’une autre diversité artistique. Sur le long terme le projet souhaite développer une prise de conscience pour l’audience d’une action possible sur l’institution du aux modèles d’expertises citoyennes testé par l’expérimentation. Le projet espère également un nouveau rapport entre l’art et l’institution, ce qui nous amène logiquement à une augmentation de la légitimité institutionnelle.

Un impact au niveau des activités actuelles de l’institution et de ses activités futures.

Le projet amène une plus grande diversité des formats d’activités élaborées par l’institution à travers la diversification des formats artistiques présentées par l’institution. Une institution plus à même d’accepter une diversité de formats le sera également pour intégrer une diversité des publics. A moyen terme il est possible d’opérer un désenclavement institutionnel qui passe notamment par une innovation dans les modèles économiques et de médiation liée à l’intégration de pratiques artistiques d’un nouveau genre. Si l’institution innove sur sa politique des publics, cette liberté d’innovation pourrait servir comme un précédent pour innover à d’autres endroits.

Un impact sur les artistes et les pratiques artistiques.

A court terme, une meilleure connaissance du fonctionnement institutionnelle pour les artistes et un gain de confiance envers les institutions. A moyen terme une reconnaissance et une intégration d’artistes et de pratiques, une ouverture à des expérimentations de la part de l’institution. A long terme un rééquilibrage des rapports entre les artistes et l’institution, une incitation à la diversification des formats et des pratiques artistiques, un impact sur l’économie dans l’art, des alternatives économiques au modèle économiques unique (le marché de l’art), une incitation à l’innovation dans le modèle économique de l’art. A moyen terme, un rééquilibrage des apports financiers entre la sphère publique et privée, une diversification des acteurs dans le secteur de l’économie de l’art

Un impact sur les politiques culturelles et l’éducation artistique.

A court terme, un nouveau matériel pour l’éducation artistique qui promeut d’autres ouvertures pour les futurs citoyens européens y compris basé sur le droit à la différence. A moyen terme, une intégration dans l’éducation des pratiques artistiques émergentes pourrait favoriser une ouverture d’esprit dans l’éducation à travers l’art, un impact sur les capacités de ces politiques à mieux enregistrer la société et donc à la représenter.

Sur le long terme, un décloisonnement des actions pédagogiques et politiques vers d’autres enjeux de société, un impact sur les institutions hors-secteur de l’art et la diversité sociale, un gain d’attention des secteurs hors art à l’art par une prise de considération immédiate de la société dans toute sa diversité, apport d’autres modèles de reformulation institutionnelle et une diversité sociale plus actrice de la société à travers l’art, une fluidification des collaborations (hors mécénat et hors coopération art-art).

Un projet innovant

La majorité des institutions d’art reproduisent les mêmes modèles normatifs qui consiste à exposer des artistes ayant une production d’oeuvre d’art qui s’adresse à un public de type spectateur basé sur une logique de consommation d’un produit culturel.

Dans notre cas il s’agira de demander aux partenaires de présenter des artistes qui ont un type de production différent de celui des oeuvres d’art et qui implique une autre modalité de réception et de comportement de la part de l’audience et par là-même une autre organisation pour l’institution et notamment son rapport avec l’extérieur.

Ces pratiques sont de différentes natures comme par exemple : des services (un artiste qui crée une mutuelle pour les artistes, des méthodes de travail (un artiste qui intervertit les rôles des membres d’un jury pour adopter un nouveau point de vue), des modes de vies (qui consiste à ne pas produire), des stratégies (pour impliquer un quartier dans une lutte collective), des dispositifs socio-économique ou politiques (la création d’une journée nationale autour de la cuisine), des structures administratives ou légales ( une agence pour l’emploi ) ou des modes d’organisations (de nouvelles formations dans les entreprises).

L’institution expérimente ainsi de nouveaux modes de promotion de ces pratiques et de ces artistes, différents de celui de l’exposition.

Ces nouveaux modèles organisationnels induisent au niveau de la création artistique des positionnements inédits, qui peuvent soit réinterroger la notion d’auteur, celle d’original et par là-même de propriété intellectuelle, d’économies, de collection et transmission des modes de production et de diffusion.

Dans l’expérimentation du projet, l’artiste n’est plus vu comme le créateur d’une oeuvre unique ayant des codes d’accès exclusifs mais comme un producteur de compétences et d’activités productrices de sens et pouvant être mobilisées ou ré-utilisées parfois sans sa présence ou son accord.

Ces pratiques artistiques réinventent également leurs modèles économiques en les accordant sur d’autres secteurs que celui de l’art (l’économie des services, l’entreprise, l’industrie, l’écologie, le digital).

D’autre part ces artistes ont trouvés dans l’économie un champs de recherche et d’investigation en utilisant l’économie comme un sujet de travail. Dans la dynamique du projet toutes ces économies d’artiste alternatives au marché de l’art deviennent autant de piste d’innovation pour les modèles économiques des institutions d’art.

L’économie étant avant tout une intelligence des échanges, tous les acteurs impliqués se retrouvent d’une manière ou d’une autre transformés, y compris l’audience. L’économie engendrée par celle de la production d’un service par exemple, engendre des interactions différentes de celle liées à la production d’une oeuvre d’art. En croisant ces modèles le projet innove à travers des économies multiples car en dehors de celles habituellement relatives au secteur de l’art.

Ces points d’innovations passent par des logiques inclusives basées sur d’autres expertises qui ne sont plus dès lors spécifique et-ou réduite à l’art. En mettant l’art en contact avec d’autres secteurs d’activités, il emprunte un certains nombre de caractères spécifiques à ces autres secteurs. Dans notre projet cela passe par la constitution d’un groupe décisionnaire composé de cette pluralité et dont les fonctions décisionnelles crée une réelle innovation sur le mode de gouvernance institutionnel.

Des formats « hors d’oeuvre »

ETI est basé sur des pratiques artistiques existant autrement qu’à travers des produits ou d’œuvres d’art et notamment sous forme d’expérience. Ces pratiques incorporent des dynamiques et des valeurs étrangères à l’art et à partir desquels l’institution peut se reformuler. L’artiste devient en quelque sorte un médiateur entre la réalité de l’institution et les conditions économiques et sociales dans lesquels il travaille.

Le projet va permettre à l’institution de se confronter à des pratiques artistiques n’ayant pas pour objet la production d’oeuvre d’art. En se basant sur des pratiques artistiques qui depuis les années 90 se matérialisent autrement que sous forme d’oeuvres d’art (des services, des méthodes de travail, des modes de vies, des stratégies, des dispositifs socio-économiques ou politiques, des structures administratives ou légales ou des modes d’organisations), l’institution propose une réelle alternative au dogmatisme institutionnel dominant le secteur. En effet avec le temps les institutions d’art se sont rigidifiées jusqu’à une rupture avec des réalités artistiques qui se développent depuis des décennies.

Ces pratiques « hors d’oeuvre » amènent avec elles des nouvelles modalités de présentation qui ne passent plus par l’exposition, de nouveaux modes d’organisation, horizontaux, inclusifs et décentralisés, de nouveaux modèles économiques, hors marché de l’art et hors des appréciations quantitatives de performance, et avec elles de nouveaux publics, publics naturellement rattaché aux pratiques et à leur écosystème et qui n’est pas un public habitué ou professionnalisé.

Ces pistes, mises au service du développement des publics, se constituent alors comme autant de singularisations possibles de l’institution qui en partant de son contexte propre échappe également à la mise en concurrence des institutions.

En mettant l’accent sur des pratiques qui passent d’une valeur-produit à une valeur-activité on élargit considérablement la possibilité de voir émerger des économies affranchi du marché de l’art, plus en lien avec celles de la connaissance et donc plus à même de développer les publics de l’institution.

Une coopération « extra-sectorielle »

En combinant une expertise citoyenne à l’implémentation de formats « hors d’oeuvres », ETI se propose de considérer l’institution d’art comme un acteur extra-sectoriel qui dans les faits devient capable d’agir en dehors de son secteur d’inscription par l’interaction avec des espaces, des modes d’organisation et des structures en dehors de l’art.

Notre précédent constat nous amène à penser que l’art n’est plus envisagé comme une activité spécifique qui vaut pour elle-même, mais qui s’élargit à toutes les sphères de la société.

ETI considère l’institution d’art comme pouvant être un acteur social mais aussi économique à part entière. Cette approche nous permet alors d’inscrire l’institution d’art dans une dynamique plus large en portant par exemple des coopérations entre des secteurs qui ne se rencontrent pas habituellement.

Les conditions d’une nouvelle institution

Ces coopérations se constituent comme autant de ressources pour développer des économies croisées qui permettent notamment à l’institution de rééquilibrer les apports entre la sphère publique et privée. L’institution s’ouvrant à d’autres secteurs et d’autres économies, multiplie les acteurs avec qui elle interagit mais aussi les modalités d’interactions, qui sont autant de canaux pour le développement de ses publics.

Quelles sont les conditions pour expérimenter une nouvelle forme d’institution ?

– Une collaboration entre l’artiste sélectionné et ses partenaires extérieurs (hors art) au sein de l’institution, qui les intègre à son équipe dans les fonctions décisionnelles. L’institution hôte, l’artiste sélectionné et ses partenaires extérieurs composent un groupe qui détermine la programmation du projet dans l’institution en question. C’est à partir de cette programmation que l’ensemble des partenaires du projet pourront analyser les possibles transformations de l’institution.

– Un artiste qui définit avec son partenaire et l’institution un territoire d’expérimentation pour sa pratique. Si le groupe se compose autour de l’institution hôte avec ses moyens organisationnels, communicationnels et relationnels, le territoire d’expérimentation ne se limite pas forcément au contours physiques de l’institution.

– Une communication qui dépasse le cadre du secteur de l’art. La nature du territoire mentionné plus haut nécessite, pour que l’expérimentation soit effective, de dépasser le cadre du secteur de l’art en terme de communication.

Le cas échéant, la réception de l’expérimentation sera exclusivement perçue par les acteurs traditionnels de l’institution-hôte.

– Une institution qui s’ouvre à d’autres formes d’interactions que celle de l’exposition pour collaborer avec la pratique de l’artiste et de ses partenaires. Il ne s’agit pas en effet pour l’expérimentation d’être une forme d’externalisation des activités initiales de l’institution.

– Une expérimentation qui intègre le modèle économique et les capacités d’innovation des partenaires extérieurs de l’artiste. La collaboration entre les membres du groupe s’inscrit dans le prolongement des capacités de chacun. Ainsi les compétences des partenaires extérieurs de l’artiste seront déterminantes quant il s’agira pour l’institution d’accéder à de nouveaux territoires pour déployer la programmation élaborée.

– Une approche pédagogique du projet afin d’assimiler une complexité propre à l’expérimentation Qu’il s’agisse de la programmation élaborée au niveau du groupe ou au niveau du travail de l’ensemble des partenaires, une approche pédagogique sera nécessaire afin de s’accorder sur l’identité du projet. Cette favorise des méthodes dont l’objet est d’assurer l’adaptation réciproque d’un contenu à communiquer et des individus à cibler. On assure ainsi la future stratégie de communication et dissémination de l’expérimentation.

A qui s’adresse le projet ?

ETI s’adresse en premier lieu aux partenaires et acteurs du projet mais l’objet et la nature de l’expérimentation peuvent intéresser également les profils suivants :

Des institutions

Venant du secteur de l’art,
Venant d’autres secteur que celui de l’art,
Dont la situation financière nécessite une reformulation au-delà du dualisme public-privé,
Qui cherchent à concilier un ancrage local avec une inscription européenne,
Souhaitant élargir leur public et reformuler leurs dispositifs de médiation,
Souhaitant expérimenter un mode de citoyenneté augmentée qui pourrait servir comme modèle à l’échelle européenne
Des publics

Qui n’ont pas l’habitude ou la volonté de fréquenter les institutions d’art du fait qu’ils sont éloignés, empêchés, ou désintéressés,
Des publics de l’art qui ne se retrouvent pas ou plus dans les contenus habituels,
Un futur public de l’art.
Des artistes

Dont la pratique n’est pas compatible avec l’institution dans sa forme actuelle,
Qui souhaitent re-formuler leurs pratiques pour des raisons économiques, pratiques ou philosophiques,
Qui souhaitent avoir un rôle social plus aigu,
Qui souhaitent mieux connaître le fonctionnement institutionnel,
Qui souhaitent toucher des nouveaux publics à des endroits nouveaux,
Qui souhaitent s’ouvrir à un champ d’exploration totalement nouveau,
Qui souhaitent considérer le public de l’art comme un matériel de travail,
Qui souhaitent agir avec les institutions à titre d’acteurs à part entière et ainsi augmenter leur capacités à impacter l’art et la société.
Des politiques culturelles

Souhaitant réinvestir des territoires délaissés par les institutions culturelles,
Souhaitant s’inscrire dans de nouveaux enjeux liées aux pratiques artistiques contemporaines,
Souhaitant réinventer leur économies,
Souhaitant s’articuler au mieux sur les réalités qu’elles sont censées administrer,
Souhaitant actualiser leurs légitimités.
Une stratégie

Notre constat nous amène à penser qu’il y a une reproduction de la typologie des publics par les institutions d’art malgré le fait que les pratiques artistiques et leurs publics changent, et que par conséquent il y a une incompatibilité entre les publics et le contenus présentés par les institutions. Autrement dit pour développer l’audience, les contenus devrait être développés à leur tour.

La stratégie générale d’ETI consiste à implémenter dans des institutions d’art, des contenus et des artistes différents de ce qu’elles ont l’habitude de proposer en mutualisant à échelle européenne des spécificités et des problématiques locales.

En résumé il s’agit de modifier la nature même de l’institution d’art participant au projet d’une manière encore inexploitée.

Les institutions partenaires présentent des artistes et expérimentent des pratiques artistiques qui leur sont inconnues à ce jour et qui peuvent être considérées comme incompatible avec leurs fonctionnements.

Il est important de rappeler que c’est bien l’institution qui doit s’adapter aux évolutions et aux mutations de l‘art et non pas inversement. Ces pratiques existent et de fait elles sont légitimes, même si elles échappent à ce jour aux classifications institutionnelles.

Ces pratiques existent indépendamment des institutions, par choix ou par nécessité, elles ont créées pour ce faire leurs propres écosystèmes et territoires de diffusion qui ne comprennent pas les publics habituels de l’art, notamment les publics des institutions en question. Notre axe stratégiques central consiste à connecter les institutions d’art avec les publics et les acteurs de ces pratiques qui leurs échappent totalement. Cette stratégie ne vise à pas à institutionnaliser ces pratiques mais à comparer leurs modèles au niveau institutionnel.

Il s’agit dès lors d’expérimenter les interactions entre ces pratiques et les institutions pour faire émerger de nouveaux modèles d’accessibilité à l’art et à l’institution par le développement de nouveaux publics.

En s’articulant à ces pratiques exclues, les institutions partenaires se modifient le temps de l’expérimentation. Il ne s’agit pas d’une stratégie de remplacement mais d’un protocole de coexistence. Cette coexistence est une des particularités du secteur de l’art qui devrait accepter une multitude de vérité parfois contradictoires. Une autre dimension de la stratégie consiste à articuler dans l’expérimentation des partenaires que ne viennent pas du secteur de l’art. En effet les artiste sélectionnées pour participer à ETI le sont par le lien qu’ils noue avec ces partenaires extérieurs à l’art à travers leurs pratiques artistiques. Ces partenaires extérieurs disposent de leurs propre audience totalement étrangère et exclues de l‘art. Il s’agira dans notre expérimentation de savoir s’il est possible d’inclure la diversité de cette audience comme un paramètre dans l’élargissement des publics de l’art. La stratégie tourne autour d’un pivot essentiel, celui de l’artiste médiateur qui permettra à l’institution de s’inscrire dans un devenir artiste.

Partenaires

ENDA (Ecole nationale d’art)
(France)
http://www.enda.fr/

Fondation Bottari Lattes
(Italie)
http://www.fondazionebottarilattes.it/

Idensitat
(Espagne)
https://www.idensitat.net/

Minitremu
(Roumanie)
http://www.facebook.com/Minitremu/

Contact

ETI (Expérimenter une transformation institutionnelle)
http://eti-europe.eu/contact/

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